Anatomie d'un scorpion

 
Voici comment se classent les scorpions dans le règne animal [Animalia]:
 
Embranchement des arthropodes [Arthropoda] (animaux dépourvus de squelette interne tels que les crustacés, les hexapodes ou les myriapodes)
Embranchement des chélicérates [Chelicerata] (arthropodes dépourvus d'antennes et dotés de chélicères au lieu de mandibules)
Classe des arachnides [Arachnida] (chélicérates dotés de huit pattes tels que les araignées ou les acariens)
Ordre des scorpions [Scorpiones] (les scorpions, tels que décrits plus bas)

Comme les neuf dixièmes des espèces animales, les scorpions sont des invertébrés.
Ce sont des arthropodes : leur squelette, externe, est constitué d'une cuticule très dure.
Les scorpions sont parmi les premiers arthropodes à apparaître à la surface de la Terre.
Les plus anciens scorpions connus datent presque du début de l'ère primaire.
Leurs ancêtres présumés, les gigantostracés, éteints depuis la fin du primaire, étaient aquatiques ou amphibies et mesuraient de 10 cm à plus de 2 m, mais ils possédaient déjà des chélicères, mâchoires situées en avant de la bouche.
Abondants dans les régions intertropicales, on les trouve cependant du sud du Canada à la pointe sud de l'Amérique et de l'Afrique.
Ils occupent tous les déserts chauds du globe, mais habitent aussi sur les sommets ou dans des grottes.
Leur adaptabilité à tous les milieux et à des conditions de vie difficiles est légendaire.
La recherche phylogénétique sur les scorpions s'est enrichie de nouvelles découvertes au cours des années 1990-2000, et la taxinomie en a été bousculée : certaines espèces nouvelles ont été mises au jour et des études fines ont conduit à un reclassement de sous-familles et/ou de genres.
L'ordre des scorpions comprend de 1 200 à 1 400 espèces , réparties désormais en 6 superfamilles, 14 familles et 16 sous-familles.   
Seuls les buthidés forment une vaste famille très homogène ; les vaejovidés et les chactidés sont proches parents (superfamille des chactoidés) ; les bothtriuridés, les scorpionidés et les liochélidés ont de grandes affinités entre eux et sont classés dans la même superfamille des scorpionoidés.
Les iuridés, bien qu'apparentés aux scorpionoidés et aux chactoidés dans un même nouveau sous-taxon baptisé Iurida , sont séparés dans la superfamille des iurodoidés.
Les chaerilidés se sont isolés en un seul genre et une seule superfamille.   
Aux familles décrites ci-dessous, il faut différencier ou ajouter aujourd'hui :
les pseudochactidés (1 genre : Pseudochactas) ;
les microcharmidés (2 genres : Microcharmus et Neoprotobuthus) ;
les caraboctonidés (2 sous-familles et 3 genres : Caraboctonus, Hadruroides et Hadrurus) ; les urodacidés (2 genres formant 2 sous-familles : Urodacus et Heteroscorpion) ; les euscorpiidés (3 sous-familles, dont les scorpiopinés, et 11 genres, dont Alloscor piops, Dasyscorpiops, Euscorpiops, Neoscorpiops, Parascorpiops et  Scorpiops) ; les superstitioniidés (2 sous-familles et 5 genres : Superstitionia, Troglotayosicus, Alacran, Sotanochactas et Typhlochactas).   
La détermination des espèces s'avère délicate, mais très utile afin d'adapter les traitements médicaux à chaque espèce.
Leur classification est basée d'abord sur des critères morphologiques : forme du sternum, dentition des chélicères et des pinces, présence d'éperons à l'extrémité des pattes, de soies ou d'épines sur les tarses. Mais elle s'appuie surtout sur la présence des trichobothries, les soies sensorielles des pinces.
Le professeur M. Vachon a établi une nomenclature précise de ces soies.
Leur disposition et leur nombre, constants au cours du développement, caractérisent chaque famille, genre et espèce. 
À ces critères s'ajoutent la forme du spermatophore et des deux baguettes qui le constituent, la complexité des glandes à venin, la forme de l'appareil génital et le mode de développement des embryons.
Des études biochimiques apportent d'autres compléments utiles. Il faut savoir que des espèces relativement proches parentes peuvent avoir des aspects fort différents.

ANATOMIE
Vésicule à venin
Elle contient deux glandes sécrétrices débouchant chacune, par son propre canal, à la pointe très acérée de l'aiguillon.
Le venin est expulsé par contraction de muscles entourant les glandes.
Les pores excréteurs se situent un peu en arrière de l'extrémité.
Le venin peut sourdre au bout du dard lorsque l'animal est excité.
Peignes
Placés en arrière des pattes, ces organes sensoriels à lamelles détectent la texture du sol et la taille des grains de sable.
Ils portent des récepteurs chimiques et joueraient un rôle dans l'équilibre hydrique de l'animal.
Yeux
Les yeux médians servent à régler l'activité du scorpion en fonction de l'éclairement (horloge biologique).
Les yeux latéraux sont des synchroniseurs de l'horloge.
Ils ont des rôles complémentaires et perçoivent le moindre photon.
La lumière des étoiles suffit à les exciter et un ciel de pleine lune les éblouit.
La nuit, les yeux médians sont beaucoup plus sensibles que les yeux latéraux.
Anatomie interne
Une cuticule chitineuse recouvre l'ensemble de l'animal.
Le système sanguin comprend le cœur, un long tube percé d'ostioles.
Le système digestif est composé de la bouche, du tube digestif, avec ses diverticules, et de l'anus.
L'appareil génital se présente en échelle, et le système nerveux est formé d'un cerveau antérieur et d'une chaîne de ganglions nerveux.
Face ventrale
En arrière du sternum, triangle inséré entre les bases des dernières pattes, se trouve l'opercule génital.
Une petite plaque lui fait suite et porte les peignes munis de nombreuses dents. 4 paires de poumons formés de lamelles blanches empilées communiquent avec l'extérieur par 4 petits orifices, les stigmates.
Cycle de vie et reproduction
La plupart des scorpions se reproduisent par reproduction sexuée, mais quelques espèces sont parthénogénétique , des œufs non fécondés donnant naissance à des jeunes.
Le dimorphisme sexuel est faible, les mâles sont parfois plus élancés avec une queue plus fine et des segments plus longs, mais seuls des détails anatomiques subtils permettent aux spécialistes de distinguer à coup sûr les sexes.
Lors de la parade, mâle et femelle se tiennent par les pinces et semblent exécuter une danse qui permet en fait au mâle de tirer la femelle vers un endroit propice où il va déposer son spermatophore (baguette de quelques millimètres à un centimètre selon les espèces) qu'il colle au sol.
Le mâle doit ensuite amener la femelle exactement au-dessus de ce spermatophore pour qu'il rentre dans ses organes sexuels.
Il peut arriver que la femelle dévore le mâle à la fin de cette danse.
Les scorpions sont vivipares ou ovovivipares et donnent naissance à chaque portée selon les espèces entre trois et plus d'une centaine de petits appelés pullus que la femelle porte sur son dos de quelques jours à quelques mois.
Comme tous les animaux possédant un exosquelette, la croissance se fait par mues successives.
Les jeunes scorpions muent fréquemment jusqu’à l’âge adulte ; à partir de ce moment, les mues seront plus espacées dans le temps.Un scorpion vit entre 3 et 10 ans selon les espèces, les plus grandes vivant plus longtemps.
Piqûres et venin
Le scorpion se sert de son dard à la fois pour capturer ses proies et se défendre.
Quelques espèces sont capables de projeter leur venin à une distance voisine de 1 mètre.
Tous les scorpions dangereux appartiennent à la famille des buthidés : une douzaine d'espèces posent de véritables problèmes de santé au niveau mondial.
De 25 à 50 espèces sont potentiellement dangereuses.
La grande majorité des autres espèces est peu dangereuse, bien que leur piqûre soit parfois très douloureuse.
Si quelques scorpions noirs de France sont inoffensifs, plusieurs espèces de scorpions du genre Androctonus sont fort redoutables.
Elles habitent l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient jusqu'en Inde.
De même Leiurus quinquestriatus est un grand scorpion jaune ou rougeâtre très élancé, très agressif, qui vit de la Tunisie au Moyen-Orient.
Son venin est fort toxique. En Inde et au Pakistan, Mesobuthus est, comme le scorpion languedocien (Buthus) de Tunisie, parfois mortel pour les enfants.
Plusieurs espèces américaines sont également très venimeuses, comme les Centruroides qui entrent dans les maisons et se cachent dans les vêtements, dans les lits ou sous les tas de bois en Arizona et au Mexique.
L'Amérique du Sud et les Antilles hébergent les genres Tityus et Rhopalurus, responsables, chaque année, de plus d'une centaine de décès.
Le venin des scorpions, comme celui des serpents, se compose de nombreuses substances.
Ce sont d'abord les toxines, qui ont une action sur les cellules nerveuses et musculaires.
Un venin peut en contenir plusieurs dizaines.
Elles agissent sur la perméabilité des membranes cellulaires en perturbant le passage du sodium et du potassium.
Formées de protéines, les toxines se comportent comme des antigènes et réagissent avec le système immunitaire de l'individu, ce qui permet l'utilisation de sérums antiscorpioniques. 
Le venin contient également une substance responsable de la douleur, la sérotonine, et des enzymes.
Certaines d'entre elles facilitent la diffusion du venin dans les tissus.   
Parfois, le venin provoque chez l'homme des troubles de la coagulation sanguine, l'altération des cellules du sang, des muscles, du pancréas ou du foie.
Que faire en cas de piqûre ?
Au Mexique, les scorpions sont si abondants que certaines maisons sont recouvertes de carreaux de céramique, pour empêcher les animaux de grimper le long des murs extérieurs.
Se promener pieds nus ou en espadrilles dans les milieux désertiques n'est pas recommandé !
Vérifier tente, literie, chaussures et vêtements est une précaution élémentaire.   
Le premier geste en cas de piqûre consiste à mettre, si possible, de la glace près de la plaie pour ralentir la diffusion du venin.
Grâce à des seringues spéciales, il est possible de retirer une partie du venin injecté.
L'intervention médicale dans l'heure qui suit s'impose.
L'injection d'un anesthésique local calmera la douleur intense et immédiate.
Il faut conserver un spécimen de l'espèce responsable pour permettre au médecin de juger s'il doit ou non administrer un sérum antiscorpionique.
Parfois, une réanimation est entreprise.
Souvent, les symptômes se limitent à une sudation et à une salivation intenses, une hypertension et une accélération du rythme cardiaque.
Mais il peut y avoir aggravation de l'état général : vomissements, diarrhées, torpeur, baisse de la pression sanguine et du rythme cardiaque.
Un œdème pulmonaire, puis un arrêt cardiaque et respiratoire aboutiront à une issue fatale en moins de 48 heures.   
À l'échelle mondiale, les accidents provoqués par les piqûres de scorpions sont plus nombreux que ceux provoqués par les piqûres de serpents.
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